En feuilletant le Cahier d'identification des Fourmis de France, Belgique, Luxembourg & Suisse, je suis tombé sur ce passage là concernant les Messor barbarus :
Comme je ne connaissais pas du tout ce mode de reproduction, je me suis renseigné, et j'ai trouvé tout ceci assez passionnant.Le mode reproductif repose sur l'hybridogénèse sociale. Deux lignées génétiques distinctes vivent en effet en sympatrie, et les reines doivent s'accoupler avec des mâles de leur propre lignée génétique pour produire des reines, ainsi qu'avec des mâles de l'autre lignée pour produire des ouvrières.
La découverte de l'hybridogénèse sociale date un peu, puisqu'elle est découverte chez Cataglyphis hispanica en 2012 par Laurianne Leniaud, Hugo Darras, Raphael Boulay et Serge Aron. 5 ans plus tard, en 2017, Jonathan Romiguier (auteur principal de l'étude sur la xenoparité publiée en 2025) et Laurent Keller mettent en évidence le même phénomène chez Messor barbarus.
Un sujet existe déjà sur le forum à ce sujet : Un nouveau mode de reproduction : l'hybridogénèse sociale chez Cataglyphis hispanica. Il ne concerne pas les Messor barbarus et des éléments diffèrent dans le mode de reproduction (bien que le nom soit le même), c'est pour cela que je crée un nouveau sujet.
On retrouve plusieurs similarités avec la xenoparité dont on avait parlé il y a quelques temps dans le sujet Xenoparité chez Messor, publication et article du monde.
Une des conséquences est que ce n'est pas la nourriture fournie aux larves issues d’œufs diploïdes qui détermine la nature sexuée ou non des individus, comme c'est habituellement le cas. Ici, dès la fécondation de l'ovule par le spermatozoïde, la caste de l'individu est déterminée :
- ouvrière si le spermatozoïde appartenait à un mâle de lignée génétique différente de celle de la gyne reproductrice.
- gyne si le spermatozoïde appartenait à un mâle de même lignée génétique que celle de la gyne reproductrice.
- mâle si l'ovule n'est pas fécondé.
Chez Messor barbarus, c'est donc la gyne reproductrice qui "décide" de tout ceci dans la colonie, ce qui pourrait expliquer le fait que certaines colonies produisent des gynes très tôt (potentiel surplus de spermatozoïdes de mâles de même lignée génétique que celle de la gyne reproductrice), tandis que d'autres n'en produiront peut-être jamais (s'il n'y pas eu de reproduction avec un mâle de même lignée génétique que celle de la gyne reproductrice).
Les sexués issus d'une même colonie appartiennent donc obligatoirement à la même lignée génétique que celle de leur mère.
J'ai fait un schéma explicatif, s'il contient des erreurs ou des imprécisions, n'hésitez pas.
Sources :
- Lebas C. & Galkowski C., 2025. - Cahier d'identification des Fourmis de France, Belgique, Luxembourg & Suisse. Éditions Biotope, Mèze, (collection Cahier d'identification), 384 p.
- Alain Lenoir, Dictionnaire amoureux des fourmis (Mis à jour 26-Sep-2022) : https://www.dictionnaire-amoureux-des-f ... genese.htm



