Samedi 8 juillet 2017
Les Aphaenogaster iberica Emery, 1908
J'ai fait l'acquisition récemment de ce que je pensais être une seconde colonie d'Aphaenogaster senilis. Quelle ne fut pas ma surprise en constatant que c'était une colonie d'Aphaenogaster iberica !
En effet, depuis un moment, je cogite l'idée d'élever une seconde colonie d'A. senilis. Cela pour deux raisons :
1. La colonie provenant de chez Raphael35 ne se porte malheureusement pas bien (présence d'acariens au début, manque d'humidité, déménagements successifs, couvain qui stagne au premier stade depuis des mois et pendant tout ce temps mortalité importante, encore accélérée par la pulvérisation intempestive de pesticides dans le jardin de la copropriété
2. L'objectif de longue date d'avoir de la reproduction en élevage pour mes espèces préférées, groupe dont fait partie les A. senilis et assimilés (groupe testaceopilosa).
Samedi 1er juillet 2017 au matin :
Surveillant régulièrement et par habitude les sites de vente (même si je ne recherche plus grand chose il faut bien l'avouer), j'ai eu la surprise de constater la présence à la vente d'Aphaenogaster senilis sur un site français durant le weekend dernier. Tout comme @Lunox et @Ganzo apparemment.
Ni une ni deux, et après un rapide échange avec les vendeurs, la commande est passée le midi même.
Lundi 3 juillet 2017 :
Elles ont bien été expédiées par le vendeur comme indiqué durant le weekend.
Mercredi 5 juillet 2017 au soir :
En rentrant le soir, je constate la présence du colis attendu.
Journée chargée, semaine compliquée, je sais que je n'aurais pas le temps de les installer proprement.
Je déballe le colis, vérifie rapidement que tout semble aller, et ayant constaté que la réserve d'eau du tube fourni était encore pleine, je les laisse tranquilles dans un coin sombre jusqu'à vendredi soir. Il m'a bien semblé qu'elles avaient un je ne sais quoi de différent (peut-être légèrement plus fines/fluettes). Premier indice. Peu importe, la colonie étant plus jeune, les ouvrières étaient peut-être moins imposantes...
Jusque-là, je pensais encore que c'était des A. senilis.
Vendredi 7 juillet 2017 au soir :
Cool ! Je vais enfin pouvoir les installer, nourrir et observer.
Le tube fourni semble neuf et propre, avec une réserve d'eau pleine.
Une ADC 35x15 avec semelle en plâtre résiné et quelques éléments de décor habituels (petits morceaux de bois, petits cailloux) sera parfaite pour y déposer le tube.
Je nettoie l'extérieur du tube soigneusement, puis dépose le tube (plus gros que les classiques 16 mm) dans l'ADC en le calant bien (afin d'éviter qu'il ne roule ultérieurement et n'écrase les petites). J'enlève le coton qui bouche l'entrée et elles se précipitent dehors à vitesse grand V. Avant que je n'ai pu réagir, une ouvrière se retrouve sur ma main...
Ok, connaissant les A. senilis, je sais que la sanction est immédiate et qu'elle va planter ses mandibules dans ma peau à tous les coups... Et là rien... Elle se balade certes très excitée mais pas de morsures.
Bon, tant mieux ! Mais ça me titille quand même cette histoire. C'est inhabituel et curieux. Second indice.
Je vais prendre mon appareil photo pour en avoir le coeur net et je sors mon Guide Delachaux. Mmmh.
Ok. Elles se ressemblent mais ne sont pas les mêmes :
- présence de longues épines propodéales à droite chez les nouvelles
- pilosité moins importante également (poils toujours blancs mais moins nombreux et moins épais)
- morphologie générale légèrement plus fine/fluette
- taille légèrement plus petite
Samedi 8 juillet 2017 :
Quelques échanges avec le vendeur pour l'informer de cette découverte. Il me confirme qu'elles viennent d'Espagne.
Donc ce sont bien des A. iberica et non des A. spinosa (vivant en Italie).
Les Aphaenogaster iberica se trouvent dans la péninsule ibérique.
C'est une fourmi de taille moyenne (5-6 mm pour les ouvrières, environ 8-9 mm pour les gynes et 4-5 mm pour les mâles), noire, mate, ridée, avec une pilosité blanche et les pattes arrières relativement longues. Le polymorphisme est modéré.
Les ouvrières se déplacent lentement sauf lorsqu'elles sont dérangées ou excitées.
Dans la nature, les nids sont populeux et se trouvent dans des milieux ouverts et chauds. L'espèce est monogyne et les accouplements sont intranidaux, donc il n'y a pas d'essaimage à proprement parler mais des bouturages s'étalant entre juin et octobre. Le régime alimentaire est onmivore. Espèce relativement primitive, ne pratiquant pas la trophallaxie.
Quelques photos après tout ce blabla ennuyeux
Du coup, je suis là à comparer les 2 colonies toute la journée.
Les populations sont proches avec même un léger avantage pour les A. iberica. Je crois avoir réussi à dénombrer 115-120 ouvrières (pas facile, ça bouge tout le temps) dans la colonie qui vient d'arriver. Elles sont effectivement légèrement plus longilignes et petites. Ce n'est pas flagrant mais en observant bien, on s'en rend compte. Elles sont arrivées avec juste 2 cadavres, ce qui est plutôt bien (sur une population de 120 donc). Il y a du couvain à tous les stades. J'observe 2 mâles dont un a décidé d'essaimer dans mon appartement ce samedi.
Petit protocole de test avec une pique en bois :
Test 1 : pour chaque espèce, je présente la pique quelques millimètres devant une ouvrière. Je reproduis le test 20 fois (avec une ouvrière différente à chaque fois).
Test 2 : pour chaque espèce, je touche/pousse légèrement une ouvrière avec le bout de la pique. Je reproduis le test 20 fois (avec une ouvrière différente à chaque fois).
Résultats avec les A. senilis :
Test 1 : 100% du temps, l'ouvrière A. senilis fonce droit sur la pique en bois, mandibules ouvertes pour mordre si la pique est présente, sinon, l'ouvrière continue à vouloir mordre en cherchant autour d'elle pendant quelques secondes.
Test 2 : 100% du temps, l'ouvrière dérangée se retourne et attaque la pique immédiatement.
Résultats avec les A. iberica :
Test 1 : 100% du temps, l'ouvrière A. iberica fonce droit sur la pique, mandibules ouvertes ou non. Une fois en contact avec la pique, elle le touche avec ses antennes, voire monte dessus pour certaines. Mais dans 90% des cas, elle ne mord pas et s'éloigne si l'occasion lui est présentée. Pour les 10% de cas restants, elle abandonne la morsure relativement rapidement.
Test 2 : 80% du temps, l'ouvrière dérangée se retourne et "sent" l'objet. Dans 75% de ces cas, elle ne mord pas. Dans les 25% de cas restants, elle mord sur une durée plus ou moins longue.
Donc pour résumer à quoi reconnaissons-nous les A. iberica des A. senilis ?
- présence de longues épines propodéales chez les A. iberica
- pilosité moins importante chez les A. iberica (poils toujours blancs mais moins nombreux et moins épais)
- morphologie générale légèrement plus fine/fluette chez les A. iberica
- taille légèrement plus petite chez les A. iberica (entre 5 et 6 mm pour les A. iberica VS entre 6,5 et 7,5mm pour les A. senilis)
- agressivité moindre : test du pique à barbecue en bois

Résumé des conditions de maintien depuis la réception :
- nid simplement constitué du gros tube à essai d'origine (diamètre : 20 mm, longueur : ~20 cm)
- placé dans une ADF du commerce 35 cm x 15 cm avec semelle en plâtre résiné et présence d'éléments de décor (bois, cailloux) faite maison
- 26-27°C le jour, 24-25°C la nuit
- humidité modérée
- pas de vibration, ni d'observations fréquentes
- des liquides sucrés (sirop d'érable, d'agave, miel d'acacia, tous dilués) et des petits bouts d'insectes séchés
Pour ceux qui souhaiteraient blablater sur le sujet, c'est ici :
https://www.myrmecofourmis.org/forum/vi ... 30&t=24586.


