Bonjour à tous !
Voilà quelques temps déjà que je cherchais une espèce afin de me dépayser, ou plutôt de changer ce que j'ai l'habitude de voir !
D'abord très intéressé par le genre, plus que célèbre, Odontomachus, c'est en fouillant sur le net que je suis tombé par hasard sur ces petites merveilles : des Cerapachys !
Ces étranges fourmis, aux allures de Ponérines, ont eu une classification assez chaotique : d'abord rattachées aux Myrmicinae, puis aux Ponerinae, et même aux Dorylinae ! Elles ont aujourd'hui une sous-famille à part : les Cerapachyinae.
Le genre Cerapachys a une particularité : elles sont myrmécophages, et oui ! Leur principal mode d'alimentation consiste à effectuer des raids organisés sur des colonies d'autres espèces et d'en voler le couvain et les jeunes ouvrières, et c'est là que cela devient intéressant !
Si elles sont souvent rapprochées des fourmis légionnaire ou des "army ants", c'est à cause de ces raids : quelques éclaireurs trouvent une colonie à piller (très souvent du genre Pheidole), retournent à la colonie mère et les ouvrières foncent alors en file indienne à la charge ! Elles éliminent toutes les ouvrières ennemies sur leur chemin et emportent couvain et jeunes ouvrières. D'ailleurs, elles sont redoutables au combat : les colonies étant très peu populeuses (quelques centaines d'individus maximum), je vous laisse imaginer leur talent de guerrière si elles attaquent des nids de Pheidole, il faut dire que leur piqure est redoutable et leur chitine très solide, l'évolution fait bien les choses.
D'ailleurs, elles piquent également le couvain emporté, mais d'une tout autre manière : elles dosent la piqure de façon à stopper le développement de ce dernier sans le tuer, afin de conserver au maximum la nourriture, ainsi, elles peuvent conserver des larves pendant plusieurs semaines : impressionnant.
Une difficulté s'offrait à moi : énormément d'espèces de ce genre ont un caractère nomade ! Ce qui, vous l'imaginez, n'est pas très adapté à une maintenance en captivité...
J'ai cependant lu quelques articles à leur sujet, et il semblerait que ce caractère nomade ne soit pas périodique, mais en fonction du caractère environnemental. En captivité, on n'observait pas de déménagement tant que le nid était viable et la nourriture abondante.
En fait, elles changent de nid lorsqu'elles ont trop pillé les colonies environnantes, ou que l'humidité/température ne leur convient plus.
En captivité, je leur fournirai la nourriture ainsi que tous leurs besoins, il ne devrait pas y avoir de problèmes.
Et là vous vous dites : comment va-t-il les nourrir si elles ne se nourrissent que du couvain d'autres espèces ?
Non, heureusement non, je ne me serais pas lancé dans l'aventure si cela avait été le cas, elle acceptent facilement et heureusement d'autres sources de nourriture, tel que des insectes.
Je commande donc les belles et les reçois aujourd'hui-même, avec un flacon de gelée nutritive, petit cadeau qui fait toujours plaisir.
Je leur avais confectionné un nid en béton cellulaire, elles ont besoin d'une humidité très importante, voilà pourquoi le nid trempe dans une boite remplie d'eau jusqu'à ce qu'il soit au maximum de son absorption !
Pour l'ADC, c'est une boite de grillon que j'ai fermé + anti-évasion, si cette espèce a du mal à grimper aux parois verticales en plastique, ces boites contiennent des trous d'aération qui pourraient les aider à accrocher leurs pattes, pas de risque donc, de plus, le nid est dans un aquarium lui-même muni d'un anti-évasion.
Il y a 4 salles communicantes, je n'ai pas voulu faire le nid trop grand, je pense qu'il devrait leur plaire ! Dans l'ADC, une feuille d'essuie-tout, j'ai définitivement adopté cela pour les ADC en plastique c'est juste parfait, c'est humidifiable, les fourmis n'ont pas de problème d'adhésion et pour nettoyer l'ADC il suffit de changer la feuille, je les place à environ 23-25°C !
La colonie compte 3 gynes et une vingtaine d'ouvrières.
Ni une, ni deux ! Je place le tube sans sa fermeture dans l'ADC, et là : le déménagement le plus rapide que j'ai jamais vu, en 10 secondes, la moitié des ouvrières et une partie des gynes sont dans l'ADC et explorent déjà le nid ! Qui restera d'ailleurs au noir grâce à une feuille essuie-tout posée sur la vitre.
Une petite photo où l'on voit les trois gynes ensembles :
Et en moins de 10 minutes, tout le monde était déjà installé dans le nid :
Je les ai laissées un peu tranquille, puis j'ai eu une idée : j'ai en ma possession une colonie de Camponotus maculatus malheureusement orpheline, mais dont je m'occupe et qui possède encore un peu de couvain à tous les stades ! Je saisi donc trois larves des stades 1 et 2 que je place chez les nouvelles-venues, et là, que dire, quel spectacle !
Les ouvrières se sont jetées sur les larves à plusieurs, mais de façon néanmoins assez calme, et comme prévu, elles les ont piqué, chaque ouvrière, plusieurs fois, et pendant un long moment : c'était assez dingue ! Avant de placer les larves plus dans le nid.
Quelques photos où l'on voit bien cette piqure qui stoppe le développement de la larve :
Heureusement, elles adorent également les insectes, et n'hésitent pas à se jeter sur une mouche, elles ont vraiment de l'appétit malgré l'absence de couvain, ça fait plaisir à voir !
Voilà, j'espère n'avoir rien oublié, comptez sur moi pour vous faire un suivi régulier de cette espèce vraiment passionnante.

