Variation de la coloration chez Messor barbarus

Présentez vos expériences et projets de recherche en rapport avec les fourmis. N'hésitez pas à solliciter l'aide de la communauté pour mener à bien vos expériences. C'est aussi l'occasion d'aborder les fourmis comme support pédagogique auprès des élèves d'école primaire.
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Nebula
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par Nebula »

Pour expliquer pourquoi il y a des gynes plus ou moins pigmentées au sein d'un même essaimage on peut se baser sur 2 critères simples et "instinctifs" :
- la température au stade critique, qui peut varier au sein d'un nid (mettons que le stade critique soit à H+50, 24°C = black et 25°C = red)
- ou l'alimentation (au stade larvaire ou imago) : toutes les larves et tous les imagos auront des graines, mais le pain sera fabriqué à partir de différentes graines, selon ce qui a été ramassé (on peut imaginer que certaines graines favorisent la pigmentation rouge)

C'est plus ou moins lié, dans le sens où certaines plantes ne poussent que dans certaines fourchettes de températures (répartition de couleur à large échelle), mais on peut observer plusieurs pigmentations sur une zone plus petite en raison des micro-climats, de la direction du vent, etc...

Enfin, c'est une théorie que j'échafaude, sur la base d'observations faites sur d'autres espèces... si ça se trouve c'est complètement autre chose :moui:
J'ai hâte de voir les résultats des expériences de DMX !
D'ailleurs, si j'ai bien suivi, il y aura 1 groupe de 3 fondations qui servira de contrôle pour toutes les autres conditions ?
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DMX
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par DMX »

D'ailleurs, si j'ai bien suivi, il y aura 1 groupe de 3 fondations qui servira de contrôle pour toutes les autres conditions ?
Oui c'était une manière de faire une économie de populations de référence.
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Nebula
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par Nebula »

OK :-) bah c'est aussi plus "fiable" dans le sens où elles seront toutes comparées à la même population de référence. Ça limite les biais, même si du coup y a l'échantillonnage qui joue.
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etii
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par etii »

Je n'ai pas LA réponse mais j'ai quelques pistes à vous soumettre (oui, je suis un vicieux) :-p .
Chez Pheidole, il me semble avoir lu que la coloration était un fait d'adaptation au milieu (sol plus ou moins clair ou foncé). Si c'est une observation, cela n'explique nullement comment elles font, les nymphes se colorant au sein de la fourmilière donc dans le noir.

Deuxième remarque, nous voyons des têtes rouges ou noires mais ce n'est pas pour autant que c'est "vrai". Je m'explique, elles ont peut-être toutes la tête rouge, sauf qu'une concentration très forte de pigments rouges nous fait voir du noir ou sature notre vision et nous empêche de voir le rouge. On retrouve souvent ce phénomène chez certaines fleurs qu'on croit noires alors qu'elles ne le sont pas. Concentrez n'importe quelle couleur, vous la verrez noire.

Troisième remarque, chez certains papillons de nuit qui se camouflent en se plaquant contre les murs le jour, on trouve des spécimens blancs ou gris, variation naturelle. En ville, en retrouve surtout de fortes concentrations de papillons gris à cause de la pollution et de la forte prédation sur les papillons blancs, plus visibles.

Cela complique hein ?
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DMX
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par DMX »

D'après le dénombrement effectué sur l'échantillon de 46 fondations, pour un même essaimage (même jour, même endroit de récolte) on peut observer grosso modo 6 types de colorations. Or si les gynes proviennent de colonies situées dans la même zone géographique (un rayon de 5 à 10 km maxi), a priori elles sont soumises globalement aux :
  • mêmes conditions température/humidité.
  • même type de végétation (donc même alimentation).
  • même type de sol (pour faire le parallèle avec la coloration des Pheidole).
  • même intensité de pollution.

Après il se peut que très localement des variations de températures et de végétations peuvent être observées (en plein milieu d'une prairie ou à la lisière d'une forêt, ce sont des conditions relativement différentes).

J'ai également observé une différence (significative ?) dans la vitesse de développement des fondations en fonction de la coloration : les gynes avec une coloration de la tête relativement claire semblent fonder plus rapidement que les gynes noires et sombres. L'intensité de la coloration rouge serait-elle un signe de "bonne santé" et jouerait-elle un rôle dans le sélection sexuelle ? (difficile à croire puisque les insectes ne semblent pas voir le rouge, mais peut-être que cette coloration est associée à une signature chimique détectable par les mâles ...). En tout cas dans le règne animal (notamment chez les oiseaux), il a été mis en évidence que l'intensité de la coloration rouge jouait un rôle dans la sélection sexuelle chez certaines espèces.
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par Aeon »

Peut-être la couleur dépend-elle de la vitesse de croissance d'une gyne ? Les facteurs de température de d'alimentation interviennent alors et recouperaient plusieurs hypothèses proposées ci-dessus.

Une gyne mieux nourrie et mieux chauffée se développerait plus vite et la production de pigment serait moins importante. En étant mieux nourrie (et donc plus claire), elle serait plus apte à fonder. Comme l'a remarqué DMX dans ses échantillons.
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par Symbiosis »

etii a écrit :Chez Pheidole, il me semble avoir lu que la coloration était un fait d'adaptation au milieu (sol plus ou moins clair ou foncé). Si c'est une observation, cela n'explique nullement comment elles font, les nymphes se colorant au sein de la fourmilière donc dans le noir.
En fait, si c'est comme les phalènes du bouleau que tu cites en fin de post, ça serait que les gynes fécondées, pendant qu'elles cherchent un lieu pour fonder, seraient plus ou moins repérable par les prédateurs. Les plus foncées sur un sol sec et clair par exemple, seraient plus consommées car plus visible, donc il survivrait plus de gynes claires.
Aeon a écrit :Peut-être la couleur dépend-elle de la vitesse de croissance d'une gyne ? Les facteurs de température de d'alimentation interviennent alors et recouperaient plusieurs hypothèses proposées ci-dessus.

Une gyne mieux nourrie et mieux chauffée se développerait plus vite et la production de pigment serait moins importante. En étant mieux nourrie (et donc plus claire), elle serait plus apte à fonder. Comme l'a remarqué DMX dans ses échantillons.
Cela serait cohérent : une gyne mieux chauffée deviendrait rouge, car les sols avec moins de végétation sont souvent plus chauds. Et ainsi elle passe mieux inaperçue une fois à l'extérieur. Et peut-être que les milieux plus chauds nécessitent une croissance plus rapide (par compétition, ou parce qu'il y a plus de nourriture, ...).
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par DMX »

Le problème c'est que la majorité des fourmis d'une colonie Messor barbarus sont noires, et donc si la coloration rouge présentait un réel avantage évolutif, toutes les fourmis de la colonie devraient présenter cette coloration (surtout que les fourrageuses passent bien plus de temps en extérieur que les gynes).

De même si la coloration confére un avantage, la fréquence des gynes colorées devrait être beaucoup plus élevée et celles des gynes noires quasiment inexistante. Or là d'après le dénombrement sur les 46 fondations, seulement 3 sur 46 sont vraiment très colorées.
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par Symbiosis »

Un avantage oui, mais uniquement dans un milieu avec peu de végétation. Ce qui est loin d'être le cas partout. ^^
Enfin bon, tout ça n'est que spéculation, c'est peut-être pas la peine d'aller beaucoup plus loin ! :grin:
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Re: Variation de la coloration chez Messor barbarus

Message non lu par DMX »

Oui de toute façon, pour l'instant on n'a que des hypothèses :-). Néanmoins ma série "d'expériences" s'intéressera également à l'intensité de la coloration (des majors), avec peut-être un peu de chance on pourra peut-être valider une hypothèse (notamment celle de la température).
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