Papillons - Les Maculinea

Présentez vos observations sur les fourmis en milieu naturel au gré de vos balades et voyages.
Avatar de l’utilisateur
Symbiosis
Sexué Mâle
Sexué Mâle
Messages : 535
Inscription : mar. 17 avr. 2012 15:23
Localisation : Aisne (France)
Genre :

Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Symbiosis »

Bonjour à tous,
je vais vous parler un peu du sujet d'étude que je fais en ce moment : les Maculineas, papillons de taille relativement petite, le mâle est bleu métallique, la femelle gris-brun.
Tout ce que je dirais est appuyé par de la biblio, mais pour plus de clarté je ne mettrais pas les références, si un point vous intéresse, demandez moi je vous donnerais la référence qui correspond. :-)
D'abord un point sur le genre Maculinea :
Ce sont les azurés les plus grand, représentés par 4 espèces en France. 3 sont liées aux milieux hygrophiles, et 2 aux milieux mésoxérophiles à xérophiles. Oui vous avez bien lu, 2+3=4! :-P
En fait, Maculinea alcon possède deux écotypes (ou deux espèces distinctes selon certaines taxonomiste, pourtant leur génome n'a pas de différence significative). Maculinea alcon alcon préfère les milieux humides, tandis que Maculinea alcon rebeli vit sur les pelouses sèches/calcicoles.
Je ne travaille que sur les 2 espèces présentes en Picardie : Maculinea arion, l'Azuré du Serpolet, et Maculinea alcon rebeli, l'Azuré de la Croisette.

Les deux espèces pondent au début de l'été sur leur plante hôte : Gentiana cruciata (la Gentiane Croisette) pour M. rebeli et le genre Thymus pour M. arion (et également Origanum vulgare en proportion croissante au fur et à mesure que l'on va vers le Sud).
La chenille se nourrit des carpelles des inflorescences, puis se laisse tomber au sol. Elle appâte alors des fourmis du genre Myrmica grâce à des phéromones, et celles-ci la ramènent dans leur nid. La chenille passe ainsi l'hiver dans la fourmilière, nourrie par les fourmis pour l'Azuré de la Croisette, ou dévorant carrément le couvain pour celui du Serpolet. }:-> C'est diabolique un papillon !
Des études ont même montré que la chenille reproduit non seulement les phéromones de la colonie, mais en plus elle imite un "son" caractéristique émis seulement par la reine Myrmica lorsqu'elle souhaite manger, d'où la confusion de ces pauvres ouvrières !
Et puis au printemps suivant, la chenille nymphose dans les chambres supérieures du nid, puis prend son envol. Les mâles sortent avant les femelles, ce qui fait que la femelle s'accouple avant même que ses ailes aient séchées pour le premier envol.

Les problématiques qui me concernent sont surtout liées aux fourmis. En effet, les 2 papillons sont menacés en France et tout particulièrement dans le Nord de la France, malgré la présence des plantes hôtes, surtout le thym qui est abondant.
Les fourmis qui sont a priori susceptibles d'accueillir M. arion sont de l'espèce Myrmica sabuleti tandis que les chenilles M. rebeli sont moins spécifiques (ce serait la stratégie la plus évoluée), mais le suspecte M. scabrinodis d'être l'hôte principale sur mon secteur. En fait, je ne cite ici que les hôtes principaux, qui offrent à la chenille une probabilité de survie d'environ 15%, tandis que d'autres espèces, dites hôtes secondaires, sont 5 fois moins efficaces. De plus, les chenilles se concurrencent entre elles, donc s'il y a trop de chenille par nid, aucune ne survivra ( c'est surtout vrai pour M. arion, car le couvain est limité !). Trop de chenilles M. arion peuvent même causer la fin de la colonie.
Alors pourquoi trouve-t-on plutôt une espèce de Myrmica qu'une autre ?
En fait, ces dernières ont des exigences de températures et d'humidité très précises, et donc c'est de façon indirecte la hauteur de l'herbe qui joue. En Angleterre, seul M. arion était présent. Mais suit à l'épidémie de Myxomatose, il disparu. Quel est le lien ? Les conservateurs n'ont pas fait le rapprochement au début, mais les lapins étaient les seuls a maintenir les pelouses rases, par leur "pâturage" (je trouve ça étrange de dire qu'un lapin pâture mdr), et suite à leur disparition (97% des lapins sont morts de la myxomatose en Angleterre), + le retrait des moutons du bord des falaises (ils tombaient dans le vide.. c'est débile un mouton ! :lol2: ), + les actions de conservation ratées (les pelouses étaient enfermées pour empêcher les collectionneurs de capturer les papillons, mais les animaux sauvages ne pouvaient plus non plus y accéder), ont mené à la pousse des herbes de prairies sèches, et à la disparition de M. sabuleti et donc de M. arion. Une étude à montré que une hausse de 3-4 cm de l'herbe peut mener au remplacement de M. sabuleti par M. scabrinodis. Bon j'essaierai de confirmer tout ça par des expé sur le terrain cet été, car nous ne sommes pas en Angleterre, donc il peut y avoir des différences.
Voilà, en gros, le sujet, n'hésitez pas à me demander si vous souhaitez que j'approfondisse un point, je n'ai bien évidemment pas mis tout ce qui se retrouve dans les publications.

J'espère que ce n'est pas trop indigeste ! Quand je me lance, j'ai du mal à m'arrêter ! *oups*
Je demanderai peut-être de l'aide lorsque j'aurais des doutes sur l'identification des Myrmica, groupe assez difficile.
Hasta luego !

Edit : Un petit détail que j'ai oublié d'ajouter, le genre Maculinea n'existe plus en tant que tel, il a été rattaché au genre Phengaris, donc normalement on devrait dire Phengaris arion (la versatilité des taxonomiste est légendaire ! :-)). Mais il y a tellement de travaux qui utilisaient le genre d'origine qu'il est conservé par presque tout le monde pour plus de clarté et de précision. Mais ne soyez pas surpris si vous entendez parler de Phengaris !
Dernière modification par Symbiosis le jeu. 19 avr. 2012 13:01, modifié 2 fois.
Avatar de l’utilisateur
Axel57
Ouvrière
Ouvrière
Messages : 330
Inscription : mer. 25 janv. 2012 14:37
Localisation : Moselle (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Axel57 »

Très intéressant :-) . Merci de nous avoir fait partager cela. *good*
« Marche sur une fourmi, et mille autres t'attaqueront. »
Avatar de l’utilisateur
Aeon
Ancien modérateur
Ancien modérateur
Messages : 1119
Inscription : sam. 29 mai 2010 17:59
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Aeon »

Effectivement, c'est très intéressant.
Mais il serait peut-être utile de préciser qu'il s'agit de papillons...
Dernière modification par funkyben le mer. 18 avr. 2012 14:54, modifié 2 fois.
Raison : C'est fait ;)
Avatar de l’utilisateur
fredoust
Larve 3
Larve 3
Messages : 71
Inscription : lun. 6 févr. 2012 10:53
Genre :
Contact :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par fredoust »

De simples recherches sur notre ami Google m'a permis de comprendre certain vocabulaire, s'il commence à donner toutes les définitions, l'article n'en finirait plus !
Avatar de l’utilisateur
Symbiosis
Sexué Mâle
Sexué Mâle
Messages : 535
Inscription : mar. 17 avr. 2012 15:23
Localisation : Aisne (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Symbiosis »

Bon j'ai quand même rajouté que c'était un papillon, puisque, après tout, c'est le sujet du texte ! ^^
Il est vrai que j'ai employé des termes un peu complexes, mais c'était effectivement pour éviter de trop m'étaler, et j'ai pu remarquer qu'on retient mieux les nouveaux mots lorsque l'on doit les googler plutôt que d'avoir la définition directement ! :-)
J'ajouterai des photos lorsque j'aurai rencontré les protagonistes, donc il faudra attendre un peu ^^.
Avatar de l’utilisateur
Nebula
Ancien modérateur
Ancien modérateur
Messages : 794
Inscription : ven. 28 oct. 2011 14:29
Localisation : Hauts-de-Seine (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Nebula »

Intéressant comme thème de recherche :-)
D'autres facteurs, autre que la taille de l'herbe, ont pu être mis en évidence ? D'un point de vue climatique, notamment. Comme tu dis, on n'est pas en Angleterre, le temps est plus clément en France, même dans le Nord. D'autres pressions environnementales, tant sur les chenilles (elles sont capables d'aller loin pour trouver des fourmis ?) que sur les fourmis.
Avatar de l’utilisateur
Fourmisman
Gyne Vierge
Gyne Vierge
Messages : 951
Inscription : ven. 13 janv. 2012 19:37
Localisation : Bouches-du-Rhone (France)
Genre :
Contact :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Fourmisman »

Tu me fais douter sur mes études toi ! Je verrais à la fin de mon M1 si je pars en M2 pro ou en recherche, ce qui à l'air très passionnant ! Je précise que je parle du Master de biologie intégrative évolutive et infectiologie spécialité "science de l'insecte" à Tours !
Avatar de l’utilisateur
Symbiosis
Sexué Mâle
Sexué Mâle
Messages : 535
Inscription : mar. 17 avr. 2012 15:23
Localisation : Aisne (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Symbiosis »

Et bien Nebula, c'est là le noeud du problème :
la chenille n'est absolument pas capable de se déplacer une fois tombée à terre. Elle compte sur le hasard pour qu'une fourmi passe à proximité. Et elle ne peut survivre ainsi que 2 jours. Connaissant la distance d'affouragement des Myrmica (un rayon de 2 m autour du nid environ), il est donc nécessaire que les fourmilières soient à moins de 2 m de la plante hôte. Il est donc nécessaire d'avoir un pâturage relativement intensif (relativement parce que ça reste de l'hyper extensif pour l'agriculteur), mais sans que les troupeaux ne pâturent la plante hôte. Pour le thym, c'est facile, car peu appétant, mais la Gentiane est appétante, il faut donc faire pâturer avant ou après la période de floraison de la plante.
Concernant les autres facteurs environnementaux, les chenilles ont un parasite spécifique (un Hyménoptère), mais peu impactant. Les Myrmica sabuleti sont assez dépendante du type de sol, mais j'imagine que c'est lié à la température et l'humidité (un sol argileux est plus frais et humide qu'un sol sableux ou calcaire), donc on revient aux mêmes choses. En revanche, M. scabrinodis possède trois "écotypes", vivant dans différents niveaux d'humidité. Elle est donc considérée comme non dépendante de l'humidité. J'ai une courbe de conditions nécessaires aux différentes Myrmica que vous pourrez retrouver dans la publication suivante :
Elmes G.W., Thomas J.A., Wardlaw J.C., Hochberg M.E., Clarke R.T. and Simcox D.J., 1998. The ecology of Myrmica ants in relation to the conservation of Maculinea butterflies. Journal of Insect Conservation, 2, 67-78.
Voilou !

Edit : Woua Fourmisman, ton master à l'air génial ! Pour ma part j'ai vraiment zig-zagué dans mes études, mais c'est typiquement le genre de master que j'aurais voulu faire ^^.
Dernière modification par Symbiosis le mer. 18 avr. 2012 13:24, modifié 1 fois.
Avatar de l’utilisateur
Nebula
Ancien modérateur
Ancien modérateur
Messages : 794
Inscription : ven. 28 oct. 2011 14:29
Localisation : Hauts-de-Seine (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Nebula »

Ah oui c'est bien particulier ! M. scabrinodis soit être plus présente, et M. rebeli aussi du coup ? Ou il y a un autre facteur limitant pour ces deux espèces ?
Donc ton travail cet été ça sera de faire des relevés, des comptages, et du traitement de données ? Il est prévu de faire des observations sur plusieurs cycles / années, histoire de voir une possible évolution ?

La généticienne ressort : il y a eu des études sur les phéromones produites au cours du temps ? Comme les comportements se modifient, je présume que le profil de sécrétion aussi. D'ailleurs, ce sont les mêmes phéromones mises en jeu pour les 2 espèces, ou il y a des différences ? Des études moléculaires ont été faites (par curiosité ou selon un intérêt particulier), ou l'étude est concentrée sur les interactions lors du recrutement des fourmis par les azurés ?

Beaucoup de questions, mais c'est vraiment chouette comme sujet *oups*
Avatar de l’utilisateur
Symbiosis
Sexué Mâle
Sexué Mâle
Messages : 535
Inscription : mar. 17 avr. 2012 15:23
Localisation : Aisne (France)
Genre :

Re: Papillons - Les Maculinea

Message non lu par Symbiosis »

Oula Nebula, j'ai peur de ne pas avoir de réponses très satisfaisantes à t'apporter !
Première petite précision, il s'agit là d'un sujet d'étude et non de recherche. L'objectif n'est pas de comprendre dans l'absolu la relation papillon/fourmi, mais bien de savoir quelle est la meilleure façon de gérer les sites naturels pour favoriser les Maculinea.
Cependant, étant moi-même assez scientifique dans l'âme, je compte bien mener ce travail aussi rigoureusement que possible. Ce que je vais tenter de déterminer, c'est la véritable fourmi hôte pour les deux espèces sur les sites que l'on gère, la plante hôte pour l'azuré du serpolet (parce que dire le thym comme plante hôte, il y a plein d'espèces de thym), et déterminer l'impact du pâturage sur ces deux protagonistes. Un suivi dans le temps est bien évidemment souhaitable, à la fois sur les fourmis et les papillons, mais ça dépendra des financements bien évidemment. J'en profite pour dire que le genre Maculinea est particulièrement protégé, puisqu'un Plan National d'Action pour les Maculinea est écrit, et va être mis à jour en fonction, entre autre, de mes résultats. Il est disponible et facile à trouver.

M. scabrinodis, comme tu l'as deviné, est bien plus répandu que M. sabuleti. Cependant, et malheureusement, pas forcement là où elle est nécessaire pour l'azuré de la Croisette !
Pour répondre à tes questions de généticienne ( :grin: ), j'ai effectivement vu passer, au fil de la bibliographie, des études sur le profil phéromonal des deux espèces, ainsi que des études acoustiques par rapport au "cri" de M. rebeli. Il me semble, je confirmerai quand j'aurai retrouvé les textes, que les phéromones diffèrent entre les deux espèces. D'ailleurs, je crois que M. rebeli n'a jamais été retrouvé chez Myrmica sabuleti, ce qui montrerai indirectement que la façon d'attirer l'hôte diffère. Mais en dehors des publications sur les molécules que je mets en dessous, le Conservatoire dans lequel je fais mon stage n'a pas vocation à faire ce genre d'étude lui-même (moléculaires j'entends), il compte sur les chercheurs pour le faire ! ;-)
On se limite à tout ce qui est évaluable par des expérimentations in situ. :-)

Biblio :
Pour le son émis par la reine et les chenilles : Barbero, F., J. A. Thomas, S. Bonelli, E. Balletto & K. Schönrogge, 2009. Queen Ants Make Distinctive Sounds That Are Mimicked by a Butterfly Social Parasite. Science 323 (5915): 782-785.
Sur les molécules émises par M. rebeli : Akino, T., Knapp, J.J., Thomas, J.A., & Elmes, G.W. (1999) Chemical mimicry and host specificity in the butterfly Maculinea rebeli, a social parasite of Myrmica ant colonies. Proceedings of the Royal Society of London Series B-Biological Sciences, 266, 1419-1426.

Voilà, j'espère avoir satisfait ta curiosité scientifique ! (soit dit en passant, c'est sa curiosité qui fait le vrai scientifique ;-) )
Répondre Nouveau sujet

Revenir à « Observations des Fourmis en Milieu Naturel »