Les Messor ssp. sont des fourmis granivores qui dans la nature se nourrissent en grande partie de graines (1). A ma connaissance, il n'a pas été observé d'élevage de pucerons ou cochenilles par les Messor ssp. De même, il n'a jamais été observé de trophallaxie, ce qui indique qu'elles ne possèdent pas de jabo social. Enfin, d'après un documentaire relativement ancien (2), ces fourmis ne seraient pas capables d'assimiler les sucres rapides.
Néanmoins nombreux sont les éleveurs qui donnent du pseudo-miellat à leur colonie de Messor sp. De même certains labos de recherche qui travaillent sur ces espèces donnent du pseudo-miellat à leur colonie de Messor sp (3). Enfin, il serait difficilement concevable que les fourmis granivores puissent assimiler des sucres lents et pas les sucres rapides.
Une hypothèse possible pour expliquer ces observations est que les colonies de Messor "boivent" le pseudo-miellat, non pas pour le sucre, mais pour l'eau qui est présente.
Matériel et protocole.
Les observations ont été effectuées sur 2 colonies de Messor structor d'environs 100 ouvrières chacune. Ces 2 colonies ont préalablement eu à leur disposition de l'eau et du pseudo-miellat pendant 1 semaine (renouvelé tous les 2 jours).
Protocole de l'expérience :
- Les colonies ont eu à leur disposition une coupelle remplie d'eau pendant 1h. Puis cette coupelle a été retirée.
- 2 coupelles ont été disposées dans l'ADF des colonies. Ces coupelles ont été préalablement nettoyées, elles sont de même forme et elles sont disposées à équidistance de l'entrée du tube. Les 2 coupelles sont accolées l'une à l'autre de façon à ce que les 2 solutions soient les plus proches l'une de l'autre.
- Ont été déposées dans les coupelles à quelque secondes d'intervalles :
- l'eau : eau minérale du commerce destiné à l'alimentation humaine.
- le pseudo-miellat : 1/3 sirop d'érable + 1/3 miel d'acacia + 1/3 sucre de canne diluée dans de l'eau + vitamines et minéraux + protéines et source d'azote.
- 3 minutes après avoir déposé les solutions, un dénombrement des ouvrières qui "boivent" les solutions a été effectué pendant 2 minutes. Seules les ouvrières statiques dont le labium était réellement en contact avec les solutions ont été dénombrées.
- 10 minutes après le premier dénombrement, un deuxième dénombrement rapide a été effectué.
- 1h après le deuxième dénombrement, un troisième dénombrement rapide a été effectué.
Résultats.
Résultats dans la colonie 1 (digyne) :
- 1er dénombrement : 8 ouvrières sont venues "boire" du pseudo-miellat, dont 2 sont restées pendant les 2 minutes d'observation. 0 ouvrière n'est venue "boire" l'eau.
- 2ème dénombrement : 5 ouvrières étaient en train de "boire" le pseudo-miellat, 0 pour l'eau.
- 3ème dénombrement : 3 ouvrières étaient en train de "boire" le pseudo-miellat, 0 pour l'eau.
Résultats dans la colonie 2 (trigyne) :
- 1er dénombrement : 6 ouvrières sont venues "boire" du pseudo-miellat, dont 2 sont restées pendant les 2 minutes d'observation. 0 ouvrière n'est venue "boire" l'eau.
- 2ème dénombrement : 4 ouvrières étaient en train de "boire" le pseudo-miellat, 0 pour l'eau.
- 3ème dénombrement : 2 ouvrières étaient en train de "boire" le pseudo-miellat, 0 pour l'eau.
Discussion.
Pendant la première heure (avant de mettre les 2 types de solution), les 2 colonies ont eu à leur disposition de l'eau. Pendant cette heure, les 2 colonies sont venues boire (la colonie 2 est restée plus longtemps que la colonie 1). Le but fut de complètement "satisfaire leur soif".
Si cette espèce ne faisait pas de distinction entre l'eau et le pseudo-miellat, alors par la suite on aurait du observer :
- si elles ont encore "soif" : les ouvrières se répartissent de manière homogène entre les 2 solutions, voir même préférentiellement l'eau.
- si elles n'ont plus "soif" : les ouvrières ne boivent aucune des 2 solutions.
Pour répondre à la problématique initiale : les 2 colonies Messor structor étudiées ne sont pas attirées par l'eau contenu dans le pseudo-miellat.
Le pseudo-miellat est composé à plus de 80% de sucres rapides, il ne serait pas illogique de penser que ce serait le facteur responsable de cette préférence du pseudo-miellat par rapport à l'eau.
D'après une étude effectuée sur l'alimentation granivore de Messor capitatus (4), les glandes salivaires labiales de cette espèce sont capables de produire 2 enzymes ayant une action hydrolysante : une amylase et une maltase. Le rôle de ces enzymes est de dégrader les grosses molécules de sucre lent de manière à produire des petites molécules de sucre rapide. Par conséquent si les Messor ssp ne pouvaient pas assimiler les sucres rapides, alors ces enzymes n'auraient pas de raison d'exister.
De même, il est beaucoup plus facile d'assimiler les sucres rapides que les sucres lents, par conséquent il est peu concevable qu'elles puissent assimiler les sucres lents et pas les sucres rapides.
Conclusion.
A la lumière de ces premiers résultats, il semblerait que Messor structor ne considère pas l'eau et le pseudo-miellat sur le même pied d'égalité : elle y trouve un complément qu'elle ne peut trouver dans l'eau. Tout porte à croire que ce complément correspond aux sucres rapides. Des études complémentaires, notamment chez les autres espèces de Messor, sont nécessaires pour confirmer ces observations.
Pouvoir intégrer le pseudo-miellat à l'alimentation des Messor ssp présenterait un réel avantage pour optimiser leur alimentation : possibilité de leur mettre à disposition du pseudo-miellat riche en protéines, mais également de pouvoir leur fournir des vitamines et minéraux etc ...
Sources :
(1) : Nutrition granivore de Messor barbarus
(2) : Alimentation granivore de la fourmi Messor capitatus (1986)
(3) : Recette de labo pour les fourmis du genre Messor
(4) : Recherches sur l'alimentation des fourmis granivores Messor capitatus - Bernadette Delage (1962)


