Bonsoir à toutes et tous,
Dans le billet du douze décembre dernier concernant ma colonie de
dolendus , je vous susurrais qu'un
élément perturbateur supplémentaire à la séparation des
sexués des ouvrières avait rendu "
le nettoyage de leur nid particulièrement ardu"... Mais revenons quelques semaines en arrière si vous le voulez bien ;
début novembre plus précisément.
Comme vous le savez, inlassablement, je nettoie mensuellement l'espace de vie (AdV) de ma fourmilière de
Camponotus festinatus qui est, pour rappel, composé d'un bac en verre mesurant 25x20x20cm muni d'un couvercle dans lequel je dispose deux tubes à essai à même une plaque de plexiglas blanche ainsi qu'un abreuvoir d'eau sucrée. Un habitacle sobre, efficace et hermétiquement clos.
Cela faisait quelques semaines que le comportement de mes ouvrières m'interloquait. En effet, elles avaient pris l'habitude la nuit venue de sortir le
couvain et plus étonnant encore, la reine était parfois aussi de la partie... Le matin tout revenait dans l'ordre. Une effervescence inhabituelle certes mais que je la considérais comme la résultante logique de l'augmentation de la température dans la pièce abritant l'ensemble de mes colonies. Il est bon de rappeler que la
festinatus est particulièrement sensible aux changements climatiques. C'est une fourmi que je considère comme difficile d'élevage dans le sens où la moindre perturbation hydrométrique ou alimentaire occasionne un arrêt immédiat de la ponte. Elles ont donc besoin que leurs conditions de maintien soient particulièrement stables et, par le fait, que leur éleveur soit en permanence particulièrement vigilant...
Alors que je m’apprêtais à nettoyer leur maisonnée, perturbé il me fallait bien admettre depuis quelques semaines par je ne sais "quel sixième sens", quel ne fut pas mon effarement (!) quand j'ai constaté que le nombre de fourmis à l'intérieur des tubes avait très fortement chuté. Ni une ni deux, je cherchai la
gyne du regard. Elle avait disparu !!! A l'intérieur d'un des deux tubes "albalisés", une petite quarantaine de fourmis s'occupaient d'un couvain fort conséquent. Quant à l'autre, il était tristement vide. Désolation. Rapidement, j'ai regardé comment l'impossible était devenu possible. Le couvercle était bien étanche, les deux sorties latérales demeuraient bloquées par de petits bouchons en caoutchouc. Un seul en fait (il m'en manquait un) mais j'avais pris bien soin de condamner cette sortie avec l'aide de plusieurs couches de scotch. Tout était donc normal chers amis, aussi normal que depuis leur adoption en mars de cette année.
Mais comment diantre cette évasion avait-elle été possible ? Devenais-je cinoque ?
Il ne me fallut guère que quelques secondes pour me rendre compte que le scotch n'était pas présent ! Eh oui, en octobre, j'avais tout bonnement oublié que je l'avais remplacé par un bouchon mais celui-ci était tombé derrière mon étagère... Cela faisait donc trois semaines que mes
Camponotus festinatus, foncièrement nocturnes, sortaient de leur nid pour aller, je l'imagine aisément aujourd'hui, se balader tranquillement dans la pièce pour revenir dans leur écrin de verre aux premières lueurs du jour.
Deux heures du matin, brainstorming éclair ! La gyne s'est donc échappée avec un contingent d'ouvrières. Mais où ces fuyardes ont-elles bien pu trouver refuge et depuis combien de temps ? Imaginez simplement votre diariste patenté en train de déménager tous ses aquariums et nids dans une autre pièce non sans les avoir minutieusement examinés et commencer à scruter tous les recoins possibles en déplaçant les meubles qui pouvaient l'être. Rien !!! Pas une fourmi à l'horizon ! Se seraient-elles installées dans la salle de bain, dans un de nos salons, dans la cuisine,... ? Il m'était tout simplement impossible de le concevoir ; une problématique que je me sentais pas capable de résoudre.
Vous aimez l'humidité, la chaleur, le silence de la nuit. Qu'à cela ne tienne chères ingrates, on ne se joue pas de Libertango comme cela. Après avoir appliqué de l'huile de paraffine à même le carrelage rendant ainsi moins aisé le franchissement du seuil de la pièce, couché l'aquarium, déposé plusieurs tapis chauffant à même le sol, disséminés des abreuvoirs d'eau sucrée à des endroits stratégiques, éteint la lumière et... ouvert la fenêtre pour obtenir une température proche de huit degrés Celsius. De quatre à cinq heures du matin, frigorifié et immobile ^^, j'essayais de repérer avec une lampe de poche une hypothétique fuyarde ; en vainc. Le lendemain, je remis toutes mes installations en place hormis l'aquarium de mes
festinatus qui resta couché sur le sol.
Avant de vous révéler le dénouement de cette histoire, sachez que la perte de la gyne, cette bêtise intolérable, m'a attristée. Un sentiment profondément détestable en a découlé. Ce manège insensé dura trois semaines, jusqu'au jeudi 12 décembre pour être précis. Ce jour-là était celui du nettoyage de mes
dolendus. La
tâche s'annonçait ardue 
. Vous qui avez lu attentivement le billet les concernant, savez à quel point la séparation des sexués fut fastidieuse ; pas moins de six heures à genoux.
Alors quand vous aller découvrir que l'élément perturbateur n'était autre que celui-ci...
La reine
festinatus et une trentaine d'ouvrières s'étaient calfeutrées dans l'un des réservoirs humides du nid de mes belles asiatiques ! Mais quelle idée je vous jure ! Soulagé, j'ai éclaté de rire en les découvrant toutes blotties sagement les unes contre les autres et attendri en apercevant des
œufs fraichement pondus par la gyne. Figurez-vous que j'avais trois semaines auparavant remarqué que des fourmis supputées "
dolendus" s'étaient installées dans cet espace contigu mais sachant que le nid en plexiglas avait quelques problèmes de fêlures, je n'y avais pas vraiment accordé importance. Tout au plus, je m'étais dit, tu verras le problème quand tu nettoieras l'habitacle. Point barre ^^. En parlant de nettoyage, imaginez un instant de quelle manière il m'a fallu œuvrer sans que ma monstrueuse et agressive colonie se jette sur mes pauvres expatriées.
Un terrible casse-tête je vous l'assure 
qui s'est terminé dans ma baignoire ! Pomme de douche à la main et pince philatélique pour récupérer les sexués
mâles flottant dans l'eau !
Enfin, je me suis amusé à conceptualiser le parcours de mes adorables fugueuses. D'une étagère placée à dix centimètres du sol à celle à un mètre quatre vingt de hauteur (quoi de plus logique pour des
lignicoles hein ! ^^) en diagonal qui plus est, les fourmis s'étaient donc coltinées une partie du couvain tout en franchissant des obstacles incroyables (à leur échelle il s'entend). Les fourmis sont décidément hallucinantes. Mais si il y a bien une chose que j'ai apprise suite à ces péripéties "myrmécophiliques", c'est qu'il ne faut jamais mais alors jamais s'avouer vaincu... L'idée même que j'ai pensé un moment à les euthanasier me fait froid dans le dos chers amis. Heureusement que les bretons sont têtus et ont la tête dure.
Ce billet pourrait être encore bien plus long tant j'ai de choses à vous raconter, des anecdotes truculentes sur cette aventure ubuesque mais il se fait tard chers amis. Eh oui, il n'y a pas que les fourmis dans la vie.
Ah si quand même, une fois la colonie rassemblée dans son aire de vie, j'ai récolté au fil des jours quelques trente-et-une sauvageonnes jouant les filles de l'air sur mon carrelage. Et hop une de plus à l'instant même. ^^
Aujourd'hui.
* Disponible également en lecture HD
05/01/2014
Depuis l'écriture du billet, j'ai récupéré onze ouvrières supplémentaires soit quarante-trois au total. Il semblerait que cela soit les dernières.
Pour les remarques et questions éventuelles.
[Q/R]
Camponotus festinatus
https://www.myrmecofourmis.org/forum/vi ... 35#p210063