Association ruche/fourmillière

Discussions générales sur les fourmis pour les sujets ne rentrant pas dans le cadre des autres parties du forum.
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Ploop
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Bonjour à tous,

Je me posais la question suivante : y a-t-il déjà eu des observations de communautés où l'on pouvait observer des interactions réciproques voire symbiotiques entre abeilles et fourmis, et est-ce que des projets allant dans le sens ont été mis en place ?

Ayant pratiqué l'apiculture en tant qu'amateur et lors de stages j'observais relativement souvent des fourmis dans certaines parties du nid ; les abeilles s'en souciant peu tant qu'elles ne rentraient pas dans le cœur du nid, est-il possible qu'il y ait des interactions inter-espèces étant donné que nous avons là deux insectes sociaux très bien implantés dans le monde ?

À la base les nids de ces fourmis se trouvent au pied des ruches voire dedans dans le but de récupérer quelques bribes de nourriture, peut-être y a-t-il plus derrière tout ça.
Dernière modification par Libertango le lun. 21 sept. 2015 13:42, modifié 2 fois.
Raison : "il y a t-il" n'existe pas (2 fois "il"), c'est "y a-t-il". ;)
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rawant
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Re: Association ruche/fourmillière

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Bonne question !

J'attends les réponses avec impatience :-) .
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raphael35
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Re: Association ruche/fourmillière

Message non lu par raphael35 »

Bonjour,
Pour info, je suis responsable et formateur en apiculture dans le cadre des stages que j'organise et, avec les apiculteurs formateurs et partenaires de notre école d'apiculture, nous avons près de 1000 ruches réparties sur une cinquantaine de ruchers.
Nous observons régulièrement des fourmis, principalement des Lasius sp. noires dans les ruches, souvent sous le toit de celles ci. Nous n'avons pas fait de statistiques mais je dirais qu'environ 1 sur 30 est peuplée de fourmis.
Le bénéfice pour les fourmis est très clair et facile à identifier :
- la chaleur : les abeilles Apis mellifera chauffent leur ruche à 37 degrés une bonne partie de l'année, ce qui bénéficie aux fourmis.
- le miel : nous observons régulièrement des fourmis se nourrir de miel. Nous savons dans nos élevages par ailleurs, que les fourmis apprécient le miel.
- la nourriture carnée : il n'est pas rare que des fourmis mangent les cadavres d'abeilles tombées dans le fond de la ruche ou devant la ruche. Cadavres malheureusement nombreux.
- nous n'avons jamais observé de fourmis s'en prendre à des larves d'abeilles. Le fait que les abeilles les operculent très vite, en est certainement la cause.
- la relative protection par les abeilles (même si le travail des apiculteurs n'aide pas les fourmis).

Le bénéfice pour les ruches est moins clair et moins documenté.
- Nous observons statistiquement de meilleurs résultats dans les ruches peuplées de fourmis que dans les ruches non peuplées. Cela se vérifie presque dans chaque rucher. Moins de mortalité, et plus de miel produit si une fourmilière est présente dans la ruche.
- On sait que l'acide formique est un produit qui tue le varroa (acarien parasite des ruches) dont les effets sont très négatifs pour les colonies. On peut aussi se dire que les "frictions entre abeilles et fourmis" engendrent des projections d'acide formique nombreuses dans la ruche. On a jamais fait d'étude à ma connaissance, pour savoir si le nombre de varroas était plus faible en présence de fourmis, ça serait intéressant de le faire. Pour ça il faudrait disposer d'un énorme rucher ou de déclencher un travail concerté avec les apiculteurs (on connait cependant la difficulté de mettre en place de genre d'étude et ça n'est probablement pas une priorité).
- Lors de l'ouverture des ruches, l'effet panique chez les fourmis les rend prédatrices et on voit souvent des fourmis tuer des abeilles. Le nombre d'abeilles tuées reste très faible en comparaison de la population de la ruche (de 35 à 70 000 abeilles selon la saison).

Attention néanmoins :
Ces observations sont faites avec des colonies de fourmis de type Lasius sp. noires.
Je connais des personnes qui ont près de leur ruches des Formica ss. str., très prédatrices. Dans ce cas, l'influence des fourmis est visiblement négative pour la ruche car la prédation et le pillage de miel est important (Attention néanmoins, certaines production très spécifiques comme le miel de sapin, nécessitent d'avoir sur le territoire à la fois des Formica ss. str. et des abeilles).

En conclusion :
Dans le cadre de nos stages d'apiculture, nous recommandons aux stagiaires de laisser les fourmilières dans les ruches quand ils en trouvent.
Si par contre des nids de fourmis de type Formica ss. str. sont à proximité des ruches, nous recommandons la plus grande vigilance et le déplacement des ruches si nécessaire, notamment en cas de disette chez les fourmis et chez les abeilles (mauvais temps).
Enfin, potentiellement, certaines fourmis peuvent endommager la ruche en creusant dans le bois, c'est une observation que nous n'avons jamais faite en Bretagne, mais c'est potentiellement possible dans d'autres régions notamment avec des fourmis de type Crematogaster.
Dernière modification par raphael35 le mar. 22 sept. 2015 08:13, modifié 3 fois.
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etii
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Re: Association ruche/fourmillière

Message non lu par etii »

:think:
On sait que l'acide formique est un produit qui tue le varroa (acarien parasite des ruches) dont les effets sont très négatifs pour les colonies. On peut aussi se dire que les "frictions entre abeilles et fourmis" engendrent des projections d'acide formique nombreuses dans la ruche.
Dans le cadre que tu cites où de nombreuses observations concernent Lasius, je ne vois tout simplement pas comment cela est possible. Même en ce qui concerne Formica; ces fourmis ne projettent de l'acide que si la surface du nid est attaqué. Dans le cas d'une prédation in natura (capture d'une proie), l'ouvrière immobilise sa proie et lui applique de l'acide formique ensuite, elle ne fait pas le tireur d'élite qui shoote un gibier potentiel.

Je conçois la recherche sur une interaction fourmi/abeille (tant dans ton explication que dans la demande du post) mais j'ai bien peur qu'on extrapole (ah l'éternelle envie de comprendre et donc d'expliquer de ce cher Homo sapiens) et qu'il n'y ait tout simplement pas d'explication particulière. Chaque être vivant ne vit pas dans une bulle et interagit avec son environnement mais cela s'arrête là. Il n'y a pas forcément symbiose ou parasitage ou autre...
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Merci beaucoup pour ta réponse très complète.

Pour ce qui est de l'intérêt des fourmis au couvain du rucher, j'ai fait des batteries de tests sur Lasius sp. noires et il semble qu'elles n'ont pas d'intérêt concernant la gelée royale, et les abeilles mortes doivent dans ce cas suffire à l’approvisionnement en protéines.

Est-ce que vous nourrissez vos abeilles par le toit ? Sucre, miel dilué ou autre ?

Et autre question à part : les fourmis utilisent-elles la propolis ?

En dehors du varroa, est-ce que les fourmis sont affectées également par le syndrome d’effondrement (je veux dire par là une forte mortalité et signes distinctifs comme les tremblements, perte de l'orientation), ou par les champignons qu'on retrouve dans les ruches ?

Pour ma part lors de mes stages en Charente Maritime les ruchers ainsi colonisés par les fourmis étaient plus nombreux (de l'ordre de 1/5). Sur des territoires comprenant environ 50% de forêts 40 % grandes cultures (mais, blé, orge, tournesol, colza, sarrasin biologique) et le reste de prairies et bocages. Le syndrome d'effondrement est très présent, mortalité de 2 à 10 ruches par an par rucher (environ 20 ruches), présence également du frelon asiatique sur certaines zones et qui sont très agressifs et tuent beaucoup de population.

On a d'ailleurs observé que la mortalité est beaucoup plus faible sur les parcelles de sarrasin (environ 30 ha). ou un rucher est disposé en plein milieu.
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raphael35
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Re: Association ruche/fourmillière

Message non lu par raphael35 »

etii a écrit : Dans le cadre que tu cites où de nombreuses observations concernent Lasius, je ne vois tout simplement pas comment cela est possible. Même en ce qui concerne Formica; ces fourmis ne projettent de l'acide que si la surface du nid est attaqué. Dans le cas d'une prédation in natura (capture d'une proie), l'ouvrière immobilise sa proie et lui applique de l'acide formique ensuite, elle ne fait pas le tireur d'élite qui shoote un gibier potentiel.

L'acide formique qu'on utilise dans le traitement du varroa s'utilise à très faible dose, la varroa semble sensible à de très faibles concentrations d'acide, alors que l'abeille résiste bien à ces concentrations.
Il suffit de sentir une fourmilière et de sentir de l'acide formique, pour retrouver une odeur familière, il semble que les fourmilières soient riches en acide formique même si celui-ci n'est pas utilisé en projection. Cet acide a-t-il un rôle dans l'hygiène de la fourmilière ? C'est fort probable à l'odeur en tout cas.
etii a écrit : Je conçois la recherche sur une interaction fourmi/abeille (tant dans ton explication que dans la demande du post) mais j'ai bien peur qu'on extrapole (ah l'éternelle envie de comprendre et donc d'expliquer de ce cher Homo sapiens) et qu'il n'y ait tout simplement pas d'explication particulière. Chaque être vivant ne vit pas dans une bulle et interagit avec son environnement mais cela s'arrête là. Il n'y a pas forcément symbiose ou parasitage ou autre...

Le fait est que les résultats sur plusieurs centaines de ruches s'avèrent meilleurs en présence de fourmis. Là-dessus il n'y a aucun doute possible (sur plus de 1000 ruches réparties dans 50 ruches ça tient la route statistiquement). Pour les causes de cela et la nature de l'interaction, je te l'accorde tout ça reste des hypothèses.
Maintenant il est bien évident que l'abeille de ruche est un animal DOMESTIQUE, qu'elle n'a plus grand chose de sauvage et que la ruche est un milieu artificiel. Ces interactions abeilles/fourmis ne sont pas "naturelles" mais un artefact de l'élevage. Il n'empêche que c'est intéressant à observer et si ça peut aider à résoudre des soucis des apiculteurs pourquoi pas.
Ploop a écrit : Est-ce que vous nourrissez vos abeilles par le toit ? Sucre, miel dilué ou autre ?
Et autre question à part : les fourmis utilisent-elles la propolis ?
En dehors du varroa, est-ce que les fourmis sont affectées également par le syndrome d’effondrement (je veux dire par la une forte mortalité et signes distinctifs comme les tremblements, perte de l'orientation), ou par les champignons qu'on retrouve dans les ruches ?

On ne nourrit pas nos abeilles de manière artificielle et nous ne recommandons pas cette pratique (on apprend à nos stagiaires comment s'en passer).
Notre point de vue est simple, si les abeilles ne peuvent pas se nourrir toute l'année dans un site, c'est que le site est mauvais et les abeilles n'ont rien à y faire. D'autant qu'elles font alors concurrence aux abeilles sauvages qui ne se portent guère mieux et qui n'ont pas besoin de cette concurrence artificielle.
Les fourmis ne semblent pas utiliser la propolis, j'ai aussi fait des tests dans mes élevages ou mis de la propolis à coté de nids de Formica polyctena, elles s'en moquent.
Les fourmis ne sont pas affectées par le syndrome d'effondrement des colonies. C'est un processus très particulier qui ne peut avoir lieu que chez les abeilles de ruche compte tenu de leur séparation très particulière du travail.
Ploop a écrit : Pour ma part lors de mes stages en Charente Maritime les ruchers ainsi colonisés par les fourmis étaient plus nombreux (de l'ordre de 1/5). Sur des territoires comprenant environ 50% de forêts 40 % grandes cultures (mais, blé, orge, tournesol, colza, sarrasin biologique) et le reste de prairies et bocages. Le syndrome d'effondrement est très présent, mortalité de 2 à 10 ruches par an par rucher (environ 20 ruches), présence également du frelon asiatique sur certaines zones et qui sont très agressifs et tuent beaucoup de population.

La mortalité de 30 à 40% des colonies est courante partout en France et dans le monde. C'est ainsi partout et ça sera pareil chez toi, c'est malheureusement inévitable. Même si évidemment, chacun ira de son exemple contraire et se plait à crier sur les toits quand ça marche et à se cacher quand tout est mort, la vérité c'est que 30 à 40% de perte chaque année c'est la norme. De ce que nous observons, le frelon fait effectivement des dégâts, mais au final, il tue beaucoup de ruches qui de toutes façons n'auraient pas passé l'hiver.
Ploop a écrit : On a d'ailleurs observé que la mortalité est beaucoup plus faible sur les parcelles de sarrasin (environ 30 ha). ou un rucher est disposé en plein milieu.
Le sarrasin offre une bonne miellée en fin d'été quand les fleurs sont rares, il permet ainsi, tout comme la bruyère ou le lierre, de bien préparer l'hiver et de limiter la mortalité. C'est une culture qui ne demande aucun traitement. C'est en effet une plante très intéressantes qui mérite d'être plus connue et cultivée (quand on pense que même en Bretagne, grande consommatrice de galette de sarrasin, on importe de Chine quasi toute la farine de sarrasin !).
Dernière modification par raphael35 le mar. 22 sept. 2015 09:53, modifié 3 fois.
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Message non lu par Ploop »

[Le sarrasin offre une bonne miellée en fin d'été quand les fleurs sont rares, il permet ainsi, tout comme la bruyère ou le lierre, de bien préparer l'hiver et de limiter la mortalité. C'est une culture qui ne demande aucun traitement. C'est en effet une plante très intéressantes qui mérite d'être plus connue et cultivée (quand on pense que même en Bretagne, grande consommatrice de galettes de sarrasin, on importe de Chine quasi toute la farine de sarrasin !).]

C'est sûr c'est bon les crêpes de sarrasin !

Et puis le fait qu'au final sur cette zone est quasi entièrement en A.B. (parcelles de sarrasin, forêts, et jachères) dont jouée sur le syndrome d'effondrement.
Les premières zones de cultures conventionnelles sont à environ 3 km (ce qui bien sur reste à portée des abeilles) mais la végétation diversifiée et dense aux alentours doivent suffire à les alimenter. Sachant que sur ce rucher, le miel récolté est seulement le miel de sarrasin.
Les restes leur sont laissés pour l'année et l'hiver (ce qui suffit amplement).

Les deux derniers hivers ont été très doux et la reprise était très forte. On a eu beaucoup d'essaimages sur ce rucher qui apparemment fonctionne bien !
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Sha-ka
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Re: Association ruche/fourmillière

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En Europe, les fourmis ne nuisent pas tant que ça aux abeilles, contrairement en Asie ou les abeilles domestiques sont régulièrement massacrées par des fourmis.
Il est assez courant de voir des fourmis sur le toit des ruches, elles ont de nombreux avantages à le faire, par contre l'inverse est plus difficile à prouver. Perso j'ai déjà vu des Lasius, Formica et des Camponotus herculeanus sur les toits.
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Les observations dont tu parles à propos de Lasius niger et les abeilles, j'appelle ça du mutualisme facultatif.
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